Vitalités Obscures 2017-04-19T14:44:41+00:00

VITALITES OBSCURES

(2001)

Une oeuvre contrasté, envahie par la poussière et inondée de lumière. nous y danserons notre vie et peut-être la vôtre.

Si bien des danseurs ne se tournent qu’assez tard vers la création, Philippe Tréhet a su très vite qu’il voulait être chorégraphe. Après une formation aux Etats-Unis, passage quasiment obligé au milieu des années quatre-vingt, le voilà de retour au Havre pour y fonder sa compagnie. Dès lors les créations se succèdent, remportent des prix dans les plus importants festivals et ouvrent à la compagnie les portes dune reconnaissance internationale.

Réflexion sur le double thème féminin-masculin, « Vitalités Obscures » pose un regard’ profond sur la part de désordre intérieur propre à chacun des sexes. Deux univers mentaux que le chorégraphe choisit d’écrire séparément, avant d’en orchestrer la rencontre. Ce sont d’abord les hommes, présentés dans leur solitude et dans leur nudité, prisonniers de contradictions qu’ils s’acharnent à rompre au travers de danses dune puissance étonnante, quasi -guerrières. Puis les femmes entrent en scène, débordées et débordantes de violence, rapides et désordonnées, incapables de rassembler leurs sentiments, de dominer leurs émotions. De l’ensemble se dégage un sentiment à la fois poétique et romanesque, qui renvoi tantôt à la cruauté de Genet, tantôt au romantisme flamboyant de Pouchkine, dont l’influence sur ce travail est clairement ressentie. Riche de symbolisme et de métaphores, la pièce impressionne par sa pureté stylistique et par la richesse et la précision du mouvement. Les figures s’organisent en une symphonie visuelle et de mouvements qui se croisent et s’interpénètrent. Dans un ultime mouvement, lorsque enfin remontés des ténèbres, les deux sexes entrent a Ilision, c’est la noce avec ses innombrables couleurs, l’apothéose, l’humanité retrouvée…

DISTRIBUTION

(2005)

Chorégraphie : Philippe Trehet

Musique : Jean-Jacques Schmidely

Création lumière : Laurent Souchay

Vidéo : Grégory Desforges

Danseurs : Na ama Crystal, Françoise Durand, Lorène Simon, Sandra Zaragoza, Florence Divert Issembourg, Sergio Cruz, Julien Thibault, Thibault Colomb

Durée : 55 minutes

Lieu : Le Volcan

TEASER

PHOTOS

REVUE DE PRESSE

Jean-Marie Gourreau

…Cette pièce, en trois partie, évoque la naissance ou , plutôt, la renaissance de l’homme. En arrière plan une magnifique toile de Dolorès Balsalobre représentant une forêt d’arbres morts, brûlés. C’est de leur cendres que renaîtra la vie: l’homme d’abord, magnifique dans sa solitude et dans sa nudité qui en disent long sur ses frustrations, ses espoirs, ses désirs inavoués. II devra lutter pour survivre, sortir de son enfermement. D’où ces danses d’une puissance étonnante, quasi-guerrières, dans lesquelles il montrera sa détermination, sa force et son courage. Tout changera avec l’arrivée de la femme : la découverte de l’autre sera empreinte d’une douceur, d’un espoir, d’une poésie un peu inhabituelle chez ce chorégraphe, donnant en tout cas naissance à un pas de deux très sensuel, presque magique. Contraste avec la danse folle et désordonnée des femmes seules, rapide et violente, comme si elles étaient incapables de rassembler leurs sentiments, de contenir leurs émotions… L’oeuvre se terminera bien sûr par un rituel d’où jaillira la vie. La danse monte en transe, les figures géométriques se croisent, s’interpénètrent, se resserrent: c’est la noce avec ses innombrables couleurs. Une très belle pièce pour huit danseurs desquels se dégagent Yoona Crals et Sergio Cruz dans un pas de deux d’une sensibilité et d’une puissance incommensurables.

Jérôme Frilley

… Avec « Les Vitalités Obscures », Philippe Tréhet nous présente un travail personnel et accompli sur la vie, la rencontre de deux mondes, le masculin et le féminin et nous fait voyager au coeur du mouvement dans toutes ses composantes. Sur une création musicale de Jean-Jacques Schmidely, les 8 danseurs de la compagnie évoluent au milieu d’un décor simple, représentant l’échiquier de la vie, où chaque détail a son importance et son utilité.

Le sol, parsemé de poussière, laisse des traces sur les corps comme pour marquer de son empreinte et les éclairages structurent l’espace grâce à un jeu d’ombres et de lumières remarquablement pensées. On ne peut rester insensible au style de Philippe Tréhet. A la fois très esthétique et dans le mouvement, il utilise toute une gamme d’énergies, crée une atmosphère très personnelle avec une grande maturité et une profonde réflexion sur les rapports humains. Les danseurs, tels des sculptures vivantes, trouvent leur équilibre par un jeu de contrepoids, les corps se prolongent, finissent par ne faire qu’un, la vie se répète, les mouvements deviennent instinctifs, exprimant la défiance puis la sensualité. De simples accessoires, tels un pantalon ou un édredon donnent, grâce à la précision et la richesse du mouvement, un air de rituel au propos de Philippe Tréhet et ajoutent encore à la poésie du message hautement symbolique qui prend forme peu à peu. Les mouvements se coordonnent progressivement, se subdivisent, les solos deviennent duos, les duos scènes d’ensembles plus structurées, le geste devient musical, le rythme change tel un flux rapide, libérant le corps dans un équilibre sans cesse renouvelé. Dorian Crétey et Nadia Debuf, qui viennent brillamment de remporter le concours de Paris, ainsi que Sergio Cruz, Yoona Crals ou encore Patrice Leroy étonnent par leur remarquable travail de sol, de sauts, et de portés.

S’il est difficile d’analyser rationnellement l’oeuvre de Philippe Tréhet, tant elle est riche de’ . symbolisme, de métaphores et créativité, on prend véritablement plaisir à se laisser porter à la fois par le côté visuel mais aussi par l’extrême sensibilité de son message. II allie l’esthétisme avec les sentiments, joue volontiers sur les contradictions, accentue la poésie des duos ou des solos en structurant davantage les scènes d’ensembles, tel un chef d’orchestre mêlant à chaque instant la gravité et la légèreté, le rêve et la dure réalité, l’évidence et la dérision. Par une gestuelle apparemment simple mais passionnée et par sa volonté d’aller plus en profondeur dans sa connaissance de l’autre, Philippe Tréhet rend hommage à la vie, à une recherche de soi, à nos états d’hommes dans toute leur sincérité et leur fragilité.

Bernard Perrot

Contraste du noir et du blanc des costumes des danseurs et danseuses, des ombres et des lumières dans lesquelles ils évoluent, des mouvements lents ou accélérés qu’ils alternent, des sentiments qu’ils expriment par ces mouvements … Tout est contraste jusqu’au paradoxal, « Vitalités Obscures » … Les danseurs et danseuses interprètent magnifiquement ces moments successifs de l’humaine condition, marquant leur détresse par des attitudes poignantes et de lents déplacements, leur joie et leur vitalité par des mouvements d’ensemble parfaitement réglés et de folles courses, occasions de démontrer, s’il en était besoin, leur parfaite maîtrise des techniques de la danse…

Anne Liberge

D’abord le silence d’un public comme abasourdi par tant de chocs émotionnels. Puis les applaudissements, libérant l’enthousiasme après quatre-vingts minutes d’une grande intensité, où les tourments et les joies de l’âme humaine, harmonie et densité tragique du couple sur un parterre de sable doré et de lumière, ont été comme projetés par les danseurs, comme pour mieux souligner à la fois que l’homme »est poussière et retournera poussière », mais aussi qu’il est comme animé d’une flamme divine qui fait toute sa:„;.., grandeur et sa dignité. Littéralement fascinant !